Music’All fête ses 25 ans – Interview du fondateur

L’histoire commence en 1996, lorsque quelques étudiants de l’EDHEC décident de monter une comédie musicale pour leur projet « EDHEC Entreprendre », obligatoire en seconde année. A l’époque, c’est le nom « Musicalement Rock » qui avait été choisi pour l’association. Cependant après deux représentations, un manque de financement obligera notre première équipe à fermer l’association. Mais l’histoire de Music’All ne s’arrête pas là. En 1999, l’association est reprise par cinq étudiants (Jonathan Brunwasser, Sébastien Franjau, Sophie Lecoanet, Stéphanie Berlioz et Laetitia Canezza) dont certains avaient participé aux précédentes comédies, qui décident de reformer l’association. Les statuts de « Music’All EDHEC » sont déposés en 1999. L’aventure est repartie et dure toujours. 

A l’occasion du XXVème anniversaire de l’association, nous avons interviewé Jonathan Brunwasser, qui nous a partagé quelques anecdotes et souvenirs : 

Comment l’aventure a-t-elle (re)commencé ? 

« Nous nous sommes retrouvés en Septembre 1999 quand nous avons décidé avec Sébastien Franjau et Sophie Lecoanet (respectivement musicien et danseuse sur le précédente comédie) de remonter cette association, en apprenant des erreurs qui ont été faites par le passé. Très vite, nous avons cherché un partenaire local pour nous accompagner : Les Papillons Blancs. Ce partenariat nous a offert beaucoup d’avantages en termes de subventions, mais surtout une aide précieuse dans l’intégration des enfants de l’IMPro de Tourcoing. Deux autres étudiantes nous ont rejoint pour compléter notre équipe : Stéphanie Berlioz et Laetitia Cadezza. » 

Qu’est-ce qui vous a poussé à relancer le projet et repartir de zéro ?

« Je suis musicien et j’avais envie de faire quelque chose qui me plaise et le fait que le projet était super dans l’esprit mais qu’il avait été mal géré, je trouvais ça dommage. Il y avait un potentiel qui n’avait pas été exploité au mieux. Je m’étais dit à la fin de la première année que c’était dommage que ça se finisse comme ça. Il y avait d’une part un sentiment d’inachevé et d’autre part l’envie de faire quelque chose qui me plaise. On était tous un peu artistes. En résumé, c’était déjà une envie dans le fond mais il y a eu un cocktail qui a pris tout de suite. A nous cinq ça a marché, il y avait une énergie et puis des gens se sont mis autour de cette énergie. »

Votre bureau était composé de cinq membres, comment avez-vous géré toutes les tâches organisationnelles indispensables à la mise en place d’une comédie musicale ? 

« Le responsale de l’IMPro de Tourcoing s’est occupé de faire la mise en scène de tout le spectacle, non seulement pour les jeunes de l’IMPro mais aussi pour les artistes de l’EDHEC. Il a également fait faire les décors à d’autres enfants de l’IMPro, mais aussi les costumes et tous nous ont aidé à faire du tractage dans les rues pour vendre les billets. Cette étroite collaboration nous a permis de tisser des liens forts lors de l’essayage des costumes, du tractage, de la billetterie… Cela a été d’une grande aide étant donné que nous n’étions que cinq au bureau, tout le reste, c’était des artistes. Le projet a été lancé en Novembre, nous avons décidé de monter Hair durant la période de Noël, il nous restait donc trois ou quatre mois pour tout créer »

« Comme nous n’avions pas beaucoup de budget, j’ai fait le tour des magasins de musique pour tenter de démarcher des instruments, pour savoir si l’on pouvait nous prêter une batterie… Tout s’est fait grâce à nos connaissances et au bouche-à-oreille : Sébastien Franjau qui était aussi membre d’ETNA avait des contacts dans l’audiovisuel, c’est comme ça que nous avons obtenu du matériel pour filmer, des tarifs préférentiels pour la sono… »

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Sébastien Franjau qui colle les affiches de la comédie à la main sur le coté du Sébastopol

Aujourd’hui, Music’All recrute chaque année un orchestre étudiant qui accompagne les chanteurs et danseurs, mais ça n’a toujours été le cas ! Comment faisiez-vous sans orchestre ? 

« Nous n’avions pas un budget immense, alors pour la bande-son, nous avions utilisé un CD Karaoké de Hair, dans lequel se trouvait la partie instrumentale de toutes les chansons. Les versions étaient légèrement différentes ce qui nous a épargné des ennuis de droits d’auteur. Sur la précédente comédie de 1997 Fame’Us, nous avions demandé à un musicien de réarranger tous les morceaux de la comédie musicale Fame, ce qui devait constituer notre bande-son. Mais en plus de nous coûter cher, il a mis une plombe pour nous la donner. Avec cette bande-son sur CD, nous avions tout de suite nos 12 musiques et ça a été plus facile pour les chanteurs et les danseurs de répéter. »

La location d’un théâtre n’est pas donnée, et pourtant, vous avez joué votre comédie au renommé Théâtre Sébastopol de Lille. Qui plus est, l’association venait tout juste d’être reformée et ne possédait pas une trésorerie très conséquente, comment avez-vous financé le projet ? 

« Pour Réserver le Sébasto (Théâtre Sébastopol), nous devions débourser à l’époque 20 000 francs, dont un acompte de 10 000 francs. C’était très cher pour des étudiants et comme nous avions tout repris de zéro, nous n’avions pas de budget. Même en tant que président de l’association, je ne pouvais pas tout porter tout seul. Nous étions un bureau de cinq personnes, alors nous nous sommes mis d’accord pour nous débrouiller et apporter chacun 2 000 francs, mais aussi un chèque de 2 000 francs à encaisser en cas de pertes. Nous avions donc au-dessus de nous comme une épée de Damoclès qui nous rappelait que si ça foirait, on devait débourser 4 000 francs de notre poche, mais tout le monde était dans le même bateau. Pour financer les cours de chants et les chorégraphes, nous avons demandé aux artistes qui en bénéficiaient de participer, contrairement aux années précédentes où ces cours étaient financés par l’association. Tout était un apprentissage de la dernière fois. »

Comment se sont déroulées les répétitions ? 

« Nous avions trois ou quatre lieux de répétition et les artistes répétaient beaucoup chez eux, mais pour les filages, nous nous étions retrouvés dans les locaux de l’EDHEC (anciennement rue du port), on nous avait donné accès au réfectoire du restaurant universitaire de la Catho. »

A group of people dancing

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Répétition dans le Hall de l’EDHEC

« L’une des répétitions sur Fame’Us, à l’époque de Musicalement Rock, un artiste de la troupe connaissait bien un gérant d’Euralille à qui il avait parlé du projet. Il se trouve qu’à Euralille, il y avait un grand magasin vide auquel nous avons eu accès pour faire nos répétitions. Tous les clients pouvaient ainsi nous voir répéter : nous en avons profité pour installer un stand ce qui nous a permis de ramener du public. »

Quel sont vos souvenirs avec les enfants de l’IMPro qui ont participé au spectacle ?

« Durant cette période, on a dû aller sept ou huit fois à l’IMPro avec les artistes et les enfants ont dû venir deux fois à l’EDHEC. On leur avait montré les ordinateurs à l’époque, il y avait une salle avec dix PC fixes. C’était le début d’internet, ça s’appelait Netscape Navigator, et on leur avait montré ce que c’était internet, ils n’en revenaient pas : on leur faisait taper quelques mots et ils étaient émerveillés de voir les choses qui apparaissaient. C’était une ouverture d’esprit. On ressentait bien cette dynamique du passage à l’an 2000. »

A group of people wearing white clothing

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Final du spectacle – les enfants saluent au premier plan

Quel est le plus beau souvenir que vous gardez de cette aventure ? 

« Le meilleur souvenir pour moi, c’est avec ma copine, qui est aujourd’hui ma femme, et qui nous avait beaucoup aidé sur la dernière ligne droite. Elle avait récupéré la caisse avec toutes les recettes du jour J, elle devait contenir 15 000 francs et ce n’était que du liquide à l’époque. Nous étions un peu stressés de devoir garder tout cet argent. Quand le spectacle a commencé, on s’est installés pour profiter du spectacle, et elle s’est assise sur la caisse pour ne pas la perdre. A la fin du spectacle, nous avons offert 10 000 francs aux Papillons Blancs, et nous avons gardé 5 000 francs pour que la future équipe puisse démarrer avec quelques fonds. »

Etes-vous resté en contact avec les quatre autres membres du premier bureau ? 

« Nous avons gardé des liens forts entre nous cinq. D’ailleurs, l’année dernière nous nous sommes tous retrouvés pour assister à la représentation de Du Vent dans nos Voiles, et n‘avons pas manqué de prendre une petite photo du premier bureau devant le Colisée. Nous sommes super fiers quand on voit l’évolution qu’il y a eu. A l’époque, c’était la même énergie, la même dynamique de solidarité, la même envie de partager ; on s’est tous retrouvés dans ce projet humain et artistique, c’était une belle histoire. Nous avons impulsé l’aventure avec notre énergie initiale mais c’est surtout l’énergie accumulée de chaque génération qui a apporté sa petite touche fait que l’association est devenue ce qu’elle est aujourd’hui. »

Que pensez-vous de l’évolution des spectacles au fil des ans ? 

« Nous avons été bluffés. Il y a quand même une histoire personnelle derrière qui nous fait dire « J’ai créé quelque chose de beau, qui a de la valeur et qui a grandi. » On se regarde vingt ans en arrière et on se dit qu’il y a quelque chose qui a marché. Il y a eu des moments de stress, d’inquiétude, on s’est demandé si on allait pouvoir faire le spectacle, si on n’avait pas visé trop haut, mais on a cru au projet. Une équipe de cinq ce n’est pas beaucoup et c’est beaucoup à a fois. On étaient différents, mais on avait chacun des contacts, des amis de l’EDHEC qui nous ont filé un énorme coup de main le jour J pour amener tout le matériel. »

« Plus d’une fois ces dernières années quand j’ai pu douter, de repenser à ce spectacle qui avait été réussi et qui continuait de vivre, ça m’a donné confiance en moi et permis d’avoir un certain détachement par rapport aux choses et de me dire « il y a ce beau projet que j’ai fait à un moment donné et qui reste » 

« Quand on y pense Music’All c’est un peu l’histoire de Starmania (première comédie musicale adaptée par l’association en 1996), ils ont galéré comme tout, c’était compliqué et personne ne croyait en leur projet, des problèmes d’argent, des problèmes d’artistes, de salles qui ne voulaient pas les jouer ; mais à la fin ils ont fait quelque chose d’extraordinaire »

A group of people posing for a photo

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Chanteurs et Comédiens, Jonathan Brunwasser et un enfant de l’IMPro